mardi 30 octobre 2012

Un tiempo de perro*



 (* Un temps de chien)
Voilà un article qui devrait consoler les Français qui, après un été pourri, enchaînent sur un hiver précoce :

Avant de partir à Buenos Aires, on nous avait dit que nous allions arriver à la meilleure période, octobre devant être un mois très agréable, marqué par le retour des beaux jours après l’hiver.
Résultat des courses : un début de mois assez froid et gris, et pas mal d’épisodes pluvieux, heureusement entrecoupés de plusieurs belles journées ensoleillées (quand même, faut pas charrier…).

Mais surtout : deux tempêtes (dont une encore en cours) et un record.

En effet, les pluies de la nuit dernière ont été qualifiées par le service météorologique national comme les précipitations les plus intenses du mois d’octobre de ces 100 dernières années à Buenos Aires. Durant les 6 heures les plus intenses de la tempête, 81 millimètres d’eau sont tombés, dont 41 millimètres entre 5 et 6h du matin. Cette situation a causé de nombreux dégâts dans la banlieue de Buenos Aires, où plusieurs secteurs ont été inondés et l’électricité coupée, ainsi que dans certains secteurs de Buenos Aires, notamment Belgrano et La Boca. Le métro a également été inondé et n’a pu être entièrement remis en service qu’aux alentours de midi.





Pour les curieux, voici le lien d’une vidéo de l’eau dévalant les escaliers de la ligne B du métro :

Et une petite photo du métro inondé : 



Dans notre quartier, les dégâts se sont surtout caractérisés par la chute de branches et d’arbres, quelques voitures abîmées, et logements inondés. Mais rien de visible de ce genre dans le secteur de notre immeuble. En revanche, notre cours de tango du soir a été annulé en raison d’une coupure électrique non encore rétablie.

La bonne nouvelle c'est que le temps devrait s'améliorer à partir de demain après-midi.Nous ne sommes donc pas dans une situation telle que l'ouragan Sandy qui touche en ce moment la côte Est des Etats-Unis, mais nous avons une pensée pour tous ces gens.

lundi 29 octobre 2012

Le 29 de chaque mois, des « ñoquis » tu mangeras !



Apportés par les nombreux immigrants italiens au XIXème siècle, les gnocchis (appelés ici « ñoquis ») sont un plat très populaire en Argentine. Ce plat présente en effet l’avantage d’être généralement le moins cher des restaurants et le plus consistant. La tradition veut donc que l’on mange des gnocchis tous les 29 du mois, lorsque l’on est un peu à sec avant la prochaine paye (le 31).



Nous n’avons donc pas manqué à la tradition et sommes allés au coin de la rue à la « fabrica de pastas » (la boutique spécialisée dans la fabrication et la vente de pâtes fraîches) acheter des « ñoquis » frais faits maison, agrémentés d’une sauce au bœuf, à la tomate et à l’ail : Miam ! 


dimanche 28 octobre 2012

Première Peña (soirée folklorique)



Ca y est : nous avons fait notre première soirée folklorique, ou Peña folklorica comme on dit ici. Les danses folkloriques occupent en effet une bonne place dans la culture argentine, et se dansent dans tout le pays. Nous avons d’ailleurs remarqué qu’il y a presque toujours un petit moment dédié aux danses folkloriques dans les milongas. 

Nous nous sommes donc rendus à une soirée organisée par « Buenos Aires Connect », une équipe de Français tenant un site Internet d’informations sur Buenos Aires (où se loger, comment s’installer, où sortir, où manger, que faire le week-end… http://fr.buenosairesconnect.com ). L’intérêt majeur de cette soirée consistait en la tenue d’un cours d’initiation à la chacarera, ainsi qu’à la présence de plusieurs musiciens et chanteurs. L’initiation à la chacarera et au gato a été suivie d’un concert, avec d’abord une chanteuse seule, puis accompagnée, puis ensuite un orchestre différent sur lequel les participants se sont mis à danser la chacarera, le gato et la zamba.



 La chacarera
La chacarera est un type de musique et une des danses folkloriques argentines les plus connues. Originaire des provinces du nord du pays (Catamarca, Salta, Tucumán, Santiago del Estero et Jujuy), la chacarera se danse très souvent en couple, même si certaines variantes proposent des versions en cercle, ou des échanges avec les couples voisins. Dans la version que nous avons testée, une ligne d’hommes faisait face à une ligne de femmes, et chaque homme dansait avec la femme lui faisant face. Les pas de la danse sont toujours des pas de valse, dont l’amplitude varie en fonction des figures à effectuer.
La danse commence toujours par une introduction musicale plus ou moins longue, durant laquelle les danseurs tapent dans leurs mains pour marquer le rythme. Puis la danse commence, et plusieurs figures sont enchaînées les unes à la suite des autres, généralement les bras en l’air et en claquant des doigts : petits tours sur place (giro), grands tours (vuelta redonda), jeux de jambes plus ou moins élaborés des hommes pour marquer le rythme (zapataedo), jeux de jupes des femmes (zarandeo), etc. A la fin de la danse, hommes et femmes se rapprochent en effectuant un petit tour et finissent face à face, proches l’un de l’autre.

Voilà pour la théorie, et des petites vidéos pour la pratique. La qualité n’est pas excellente car nous ne sommes pas équipés de camescopes. D'ailleurs la première vidéo a été prise lors de la milonga de los consagrados, car on voit un peu mieux ce qu'il s'y passe. La deuxième a été prise à la soirée folklorique, et montre une version en ronde de la chacarera







Le gato
En début de soirée, le professeur nous fait également danser el gato (le chat), qui reprend les mêmes pas que la chacarera, mais avec quelques variantes dans l’ordre des figures.

La zamba
La soirée a également été l’occasion d’assister à de la zamba, autre danse folklorique argentine très populaire, à ne pas confondre avec la samba brésilienne. Dérivée de la zamacueca péruvienne, la zamba paraît très subtile et ne nous a pas été enseignée en début de soirée. Danse galante, la zamba se danse sur une musique assez douce, en couple, yeux dans les yeux, mais là encore presque sans se toucher. Hommes et femmes tiennent un mouchoir en tissu (un pañuelo) qu’ils agitent et avec lequel ils jouent de manière sensuelle selon des codes spécifiques, probablement en fonction de la musique. Difficile à expliquer, cette danse de séduction est un véritable plaisir pour les yeux :








En fin de soirée, une démonstration de danse avec deux cordons lestés d’une boule en plastique chacun est effectuée par le professeur de chacarera. Il fait tournoyer les cordons dans les airs et marque le rythme en faisant claquer les boules de plastique sur le sol et en tapant des pieds. Accompagné au tambour, il effectue une véritable prouesse de coordination et d’adresse, jouant sur les rythmes et la vitesse. Impressionnant.

Après le concert, les musiciens passent près des tables pour récolter les pesos que le public voudra bien leur donner. Nous apprenons ainsi que les artistes sont payés « au chapeau » uniquement.

Cette soirée culturelle riche en couleur et en saveurs (car les parts de pizza et les empanadas coulaient à flot) nous a permis de découvrir et de comprendre un peu mieux le folklore argentin. Nous espérons pouvoir un jour maîtriser un peu mieux ses danses festives qui sont les racines de la culture argentine. Si vous passez par Buenos Aires n’hésitez donc pas à faire un tour dans une de ses peñas traditionnelles. Même sans savoir danser, le spectacle unique offert par les danseurs vous dépaysera à coup sûr !

mercredi 24 octobre 2012

Scène de travaux à Buenos Aires

Cette scène n'est certes pas aussi impressionnante que la fameuse photo des ouvriers assis sur une poutre entre ciel et terre sur un chantier d'un gratte-ciel de New-York ("Lunch atop a Skyscraper"), mais elle est assez sympathique et rappelle un peu le célèbre jeu vidéo "The Lemmings" dans lequel le joueur doit guider dans des niveaux des dizaines de lemmings, minuscules créatures, avançant tous dans le même sens (référence pour les geeks) :



lundi 22 octobre 2012

La milonga de los consagrados (tarde)

Toujours plus loin dans notre exploration du tango à Buenos Aires, nous nous sommes rendus dernièrement à la "milonga de los consagrados" a la tarde (c'est-à-dire l'après-midi/début de soirée) qui se tient de 16h30 à 23h00. Plusieurs blogs recensaient cette milonga comme typiquement traditionnelle et Portègne avec les hommes et les femmes séparés et l'invitation par le regard. Comme suggéré sur le site de la milonga nous téléphonons pour réserver deux places "separados" pour pouvoir mieux profiter du spectacle et danser avec des locaux (ce qui ne nous empêchera pas de nous inviter également entre nous).

La salle se trouve dans le quartier de Constitucion tout près de San Telmo (le quartier touristique des danseurs de tango où nous n'avons pas encore mis les pieds : honte à nous). L'entrée du bâtiment donne sur un grand hall carrelé noir et ocre dont les moulures du plafond très haut, l'imposant escalier en pierre et la décoration générale en grande pompe font penser à un hall de réception destiné à des officiels. Mais par contraste le carrelage est terne et piqué et la salle gagnerait à être rénovée. C'est comme ça à Buenos Aires ;-). A l'étage, l'entrée au guichet est de 28 pesos par personne et la consommation est obligatoire. Plus tard, une serveuse passera en effet nous demander chacun de commander au moins une bouteille d'eau à 12 pesos ce qui correspond pour l'instant à la gamme de prix observés dans les milongas que nous connaissons. Nous pénétrons dans la salle de danse en écartant un rideau rouge, assorti aux nappes. Les murs sont jaunes pâles et blancs. Le plafond est toujours aussi haut, la salle est immense et nous avons toujours cette impression de nous trouver dans la salle des mariages d'un hôtel de ville. Le garçon place d'abord C. sur la gauche de la salle où sont installées les femmes (et où se trouve également le bar) puis revient vers moi (F.) pour me proposer une place à une table déjà occupée par un petit groupe d'hommes qui ne se connaissent que de vue. Nous changeons de chaussures rapidement et, un peu impressionnés, commençons par observer notre environnement avant de nous lancer dans le "cabeceo" (ou "mirada", c'est-à-dire l'invitation par le regard le hochement de tête).


La salle est pleine et la piste de danse également. Au début de chaque tanda (série de 3 ou 4 tangos), les hommes vont chercher à leur table en traversant la piste les femmes qui ont accepté leur invitation, et les raccompagnent ensuite à leur table en les remerciant à la fin de chaque tanda, avant de s'en retourner à la place. A la fin de chaque tango, un brouhaha impossible s'élève car tous les couples discutent sur la piste jusqu'à ce que le tango suivant ait bien commencé depuis au moins 30 secondes. Ils dansent ensuite avec de petits pas. Un " carré", une "salida", trois petits pas de tour dans un sens et un "ocho cortado" dans l'autre : tels sont les pas qui reviennent dans 80% des cas.C'est ce qu'on appelle le "tango milonguero". L'espace accordé à chacun est petit mais il doit exister pire à Buenos Aires. Cela dit, il arrive assez fréquemment que les couples se touchent au niveau du côté ouvert de l'abrazo (l'enlacement) sans que les Portègnes n'en fassent un drame. Les collisions plus importantes sont rares par contre, mais existent bel et bien. En parlant de Portègnes, la salle en est remplie, certes, mais nous ferons au cours de la soirée également connaissance avec des Américains, des Français, des Anglais et des Italiens venus en touristes ou vivant plus ou moins en Argentine. Le sol est un parquet très lisse mais non verni qui glisse juste ce qu'il faut.



Milonga de los consagrados à la fin de la soirée (cliquez pour agrandir)


Mais il est temps d'entrer dans le vif du sujet, car il a bien fallu, après une tanda d'observation, se lancer sur la piste à notre tour. Nous vous le disons tout de suite, toutes ces paires d'yeux tournées dans votre direction au début de chaque tanda sont assez impressionnantes au début, mais très pratiques pour inviter des partenaires de manière claire et sans ambiguïté. Assez vite C. se fait inviter et j'invite moi aussi une cavalière. Il paraît que les meilleurs danseurs sont ceux qui réussissent à rester sur le cercle extérieur de la piste de danse (même si le centre est rempli, et pas que de mauvais danseurs) et je suis bien décidé à ne pas lâcher mon bout de terrain. C'est une guerre sympathique entre les tangueros de devant et de derrière qui n'hésitent pas à foncer dans la brèche dès que vous faites un écart de 20 cm. Mais bon finalement c'est comme sur l'autoroute: à force de vous imposer (mais gentiment) on vous laisse passer (désolé si nous heurtons les sensibilités). Après un court passage sur la deuxième file pendant mon premier tango je réussis à rester sur le cercle extérieur tout le reste de la soirée (ouf!).


Comme on nous l'avait dit, nous remarquons assez rapidement que danser avec des Portègnes (et nous parlons également des étrangers habitués à danser ici) a quelque chose de différent. Tout est plus doux, les gens ne se déséquilibrent pas avec de grands changements d'abrazo et les pas, répétés mille fois n'ont du coup pas besoin d'être guidés avec beaucoup de force. Cela est également lié au peu d'espace disponible. On peut avoir l'impression d'avoir une liberté d'expression limitée à quelques pas au début. Mais on s'habitue vite, on apprend à se familiariser avec cette bulle, on joue avec ses limites et on comprend mieux comment les pas peuvent s'agencer pour faire des variations très intéressantes malgré le peu de moyens mis à disposition. En tant que cavalier je me rends mieux compte à quel point la répétition de pas basiques (en condition d'espace très restreint) est importante pour parfaire son style, son sens du rythme et accroître ses possibilités d'improvisation. Le plus difficile est de soigner la ligne des jambes car on piétine un peu tant les pas sont petits mais tout cela devrait venir avec le temps, j'en suis convaincu. Les cours que nous prenons en parallèle, chez une sacré pointure du tango, nous aident également (mais nous en parlerons dans un autre article). Après avoir dansé toute la soirée, s'ouvre une parenthèse musicale avec de la chacarera (toujours cette danse folklorique argentine), de la salsa et du rock qui dure une bonne demi-heure et qui nous donne l'occasion de faire une pause. Un tirage au sort s'ensuit avec quelques lots (dont une paire de chaussures) et les tangos reprennent dans une salle qui se vide petit à petit. Nous restons jusqu'à la Cumparsita (nom du dernier tango, passé traditionnellement à la fin de chaque milonga) et un jeune danseur qui débute depuis un an vient très gentiment nous féliciter à la fin de notre danse et nous échangeons nos mails pour aller danser ensemble à l'occasion.


Nous sommes heureux d'avoir pu faire l'expérience de cette milonga traditionnelle qui nous a dépaysé par rapport aux précédentes. La musique y est agréable et on peut y manger de la pizza (miam). De plus, les gens sont sympathiques et très accueillants avec les petits nouveaux. Pour l'instant, il est probable que nous continuions à explorer les milongas de ce genre.

La Catedral

Nous comptons désormais une nouvelle milonga à notre actif pour laquelle nous voudrions partager nos impressions avec vous: la Catedral, située dans le quartier d'Almagro. Encore une fois, la réputation de cette milonga est de proposer une ambiance détendue avec une moyenne d'âge plutôt jeune. Voici donc le récit de notre soirée :

Nous arrivons devant une grande porte métallique un peu rouillée devant laquelle un groupe de personnes discute en fumant des cigarettes. L'entrée ressemble un peu à un hall d'école qui aurait été vandalisé et donne sur un escalier en bois. Après nous être assurés auprès du groupe que la milonga se tenait bien à cette adresse, nous montons les marches qui nous conduisent au guichet et à mesure que nous progressons, l'ambiance change sensiblement. En haut des marches, nous nous trouvons maintenant dans un espace tout en bois éclairé par quelques ampoules et une multitude de bougies, et où une forte odeur d'encens flotte dans l'air.

L'entrée est à 20 pesos par personne et nous passons maintenant dans un corridor ouvert aux deux extrémités donnant sur la salle de danse. Le vestiaire se trouve d'un côté du couloir et une autre salle attenante se trouve de l'autre côté. En pénétrant dans la grande salle, la décoration et les jeux de lumière (avec les nombreuses bougies) s'imposent au visiteur. La salle est pleine et une odeur de sauce tomate très appétissante nous nargue depuis le bar végétarien, tout au fond, surplombé par un cœur géant en papier mâché. A l'opposé du bar et de l'autre côté de la piste de danse, une photo de Carlos Gardel  au dessus de la scène vient rappeler que le tango est le thème principal de la soirée. Les murs sont couverts d’œuvres d'art en tout genre et le plafond en bois très loin au dessus de nos têtes est en forme de coque de bateau retournée. Partout gisent des sofas et autres coussins usés jusqu'à la trame et de propreté douteuse ce qui donne à l'endroit l'aspect d'un immense squat. Dans la salle attenante, vide, une télé abandonnée à son sort diffuse une émission pour deux pèlerins à demi endormis sur des poufs et un chat noir et blanc, propriétaire des lieux.


La Catedral (cliquez pour agrandir)












Une fois changés et accoutumés à cette nouvelle ambiance, nous trouvons une place tant bien que mal dans un coin sur le côté de la scène et les tangos s'arrêtent (une fois n'est pas coutume) pour laisser la place à un petit orchestre folklorique muni de guitares, de percussions et de micros. Les musiciens jouent quelques morceaux puis invitent le public à venir danser une danse folklorique argentine appelée "la chacarera". C'est une danse de séduction en couple dans laquelle les partenaires se frôlent, s'éloignent et tournoient en claquant des doigts les bras en l'air et en tapant des talons sur le sol.

Le show se termine assez tard dans la nuit, moment où la moitié de la salle se lève et s'en va. Il est évident que la plupart étaient ici pour boire une verre en assistant au spectacle avec des amis et qu'ils n'avaient probablement jamais dansé le tango. Nous nous lançons sur la piste sous des tangos traditionnels enregistrés qui s'avèrent ne pas faire parti des meilleurs morceaux que nous connaissons. De plus, le sol est un parquet très cabossé sur lequel il est difficile de tenir debout en talons et encore plus de danser. L'espace ne manque pas, l'ambiance est plutôt jeune et détendue et le niveau des danseurs est plutôt intermédiaire comme à la Viruta. Nous restons une heure ou deux mais nous sommes moins séduit par la milonga à proprement parler que par le spectacle folklorique qui l'a précédé et nous décidons de rentrer.

La Catedral n'est donc pas le coup de cœur escompté côté tango. Comme pour la Viruta, nous ne nous sentons pas vraiment dépaysés par rapport aux milongas françaises (si ce n'est au niveau du décors et de la fusion entre restaurant, bar, et salle de bal) et si nous y retournons ce sera sans nos chaussures de danse pour goûter aux petits plats, danser la chacarera ou assister aux spectacles de danse qui se donnent dans cette magnifique bâtisse. Nous allons donc tenter de nous orienter à partir de maintenant sur des milongas plus traditionnelles pour découvrir comment dansent les portègnes dans les fameuses milongas pleine à craquer dont on nous a tant parlé.


samedi 20 octobre 2012

Les transports en commun à Buenos Aires : mais que diable allait-on faire dans cette galère ?



Ah les transports en commun à Buenos Aires ! Un monde en soi, que nous ne résistons pas à partager avec vous, et en particulier avec nos amis spécialistes des transports publics parisiens, qui se demanderont peut-être à la fin de ce message : « mais pourquoi les Franciliens râlent-ils autant ? ».

Lorsque l’on découvre le système de transports en commun à Buenos Aires pour la première fois, deux types de réactions sont possibles : rire, ou pleurer. Question de tempérament. Nous avons choisi d’en rire, mais c’est vrai que nous sommes ici en vacances et de notre plein gré, donc pas franchement stressés…

Le système de transports en commun de Buenos Aires se compose en effet de 2 types de transports principaux :
-          Le métro (appelé « subte »)
-          Le bus (appelé « colectivo » ou « bondi » en argot local)


Le métro
Quand on apprend qu’il y a un métro à Buenos Aires, notre réflexe d’habitants des grandes villes est de se dire « nickel, ça va être facile et rapide ».

No, no, no….

Ici le métro est composé de 5 lignes et demie (la dernière n’est pas encore achevée) pour une ville de quinze millions d’habitants. Par comparaison, le métro parisien compte 16 lignes de métro (en comptant les lignes « bis ») et 5 lignes de RER pour une aire urbaine de 12 millions d’habitants. Autre détail qui a son importance, la fréquence de passage des rames est de 4 à 10 minutes à Buenos Aires, ce qui laisse le temps de rassembler un maximum de personnes sur les quais aux heures de pointes, pour le plus grand bonheur des « agoraphiles » et des pickpockets.

Plan du métro de Buenos Aires
Mais la grande spécificité du métro portègne consiste en la quasi-absence de correspondances entre les lignes. Trop facile sinon ! Les 4 lignes les plus longues (A, B, D et E) sont parallèles les unes aux autres et convergent en fin de parcours à l’extrémité Est de la ville, qui est aussi le centre politique : la Plaza de Mayo, et l’Avenue du 9 Juillet. Et justement dans ce secteur se trouve la ligne C, seule ligne de métro qui coupe les autres, et permet d’effectuer des « correspondances ». Bref, si on devait faire une comparaison, ce serait un peu comme les lignes de RER en région parisienne, où il est nécessaire de passer par Paris pour changer de RER. Et encore, à Buenos Aires il faut bien souvent sortir de la bouche du métro d’une ligne, faire quelques pas dans la rue, pour rentrer ensuite dans celle de l’autre ligne convoitée (et repayer un ticket à l’occasion).
Enfin, la dernière ligne en construction, la ligne H, permet de relier les lignes E, A et B entre elles dans un secteur un peu plus éloigné que le centre politique. A terme, cette ligne doit également relier la ligne D.

Ceci dit, le métro portègne a aussi son charme : la ligne A par exemple est encore composée de nombreuses rames datant de sa construction en 1913. Bien que souvent taguées à l’extérieur, ces rames toutes en bois et aux lumières tamisées donnent le sentiment d’effectuer un voyage dans le temps, et auront de quoi réjouir les amateurs d’antiquités.

Rame de la ligne A

Intérieur d'une rame de la ligne A

Intérieur d'une rame de la ligne A

En plus ce qu'il y a de bien dans ces rames, c'est que l'ouverture des portes est manuelle, et elle peut être activée n'importe quand, même lorsque la rame est en mouvement. Donc si votre voisin vous gêne, vous pouvez toujours le jeter sur les voies entre deux stations. Ni vu, ni connu !

Allez, une mini-vidéo pour les "ferrovipathes" brûlants de voir la rame en action (mais pas de voisin jeté, hein) :





Le bus
Bus à Buenos Aires
Les bus, appelés « bondis » en lunfardo (argot local), portent assez bien leur nom puisqu’ils sont en général bondés. A Buenos Aires, le bus est vraiment LE système de transport en commun le plus pratique et le plus utilisé : on recense une centaine de lignes qui permettent d’aller à peu près partout, et qui fonctionnent 24h sur 24, contrairement au métro qui ferme dès 22H30, et ce même les week-ends. Et dans une cité où la vie nocturne est aussi intense et tardive que Buenos Aires, cela représente un gros handicap. Le bus est aussi plus économique que le métro : il faut compter environ 1,20 peso par trajet, contre 2,5 peso pour le métro. Bref, vous l’aurez compris, difficile d’échapper au bus pour se déplacer à Buenos Aires.


Porteños faisant la queue pour le bus
Porteños faisant la queue pour le bus
Les Porteños font également preuve d’une grande civilité dans le bus, qui gagnerait à être exportée, même si cette civilité s’arrête sans explication aux portes du métro (on y retrouve l’ambiance « chacun pour sa peau » du réseau francilien). Tout d’abord, on n’attend pas le bus n’importe comment. Que no ! Ici on fait la queue, et on respecte bien l’ordre d’arrivée. Et surtout, on laisse passer et on cède spontanément son siège aux personnes âgées, femmes enceintes, enfants. Enfin, PERSONNE ne fraude. Pas de malappris ici !



Théoriquement, les bus sont accessibles aux personnes à mobilité réduite (usarios con movilidad reducida), et notamment aux handicapés.
Ils arborent tous fièrement le symbole handicapé, présentent des emplacements réservés au centre du véhicule, et un petit schéma près de la porte explique comment utiliser la rampe pour monter et descendre du bus :

schéma d'accès au bus pour les fauteuils roulants
trottoir portègne













Comme vous le voyez, le déploiement de la rampe est manuel, donc de toute façon quelqu'un se déplaçant en fauteuil roulant seul ne peut pas prendre le bus. Et quand en plus le bus ne s'arrête pas au bord du trottoir mais au milieu de la chaussée, c'est assez dissuasif...
Cela dit, se déplacer à Buenos Aires en fauteuil roulant relève du défi, étant donné l’état des trottoirs. Nous n’avons d’ailleurs jamais croisé de personne en fauteuil roulant, et encore moins dans le bus.



Plus économique, plus pratique (horaire, desserte), prendre le bus à Buenos Aires présente quand même son lot de difficultés, en particulier quand on vient de débarquer dans cette ville :

1-      Identifier l’arrêt de bus : ici les arrêts ne sont pas toujours signalés par des signes distinctifs (panneaux, sans parler des stations, plus rares encore). Bien souvent, une simple étiquette portant le numéro du bus collée sur un poteau, un lampadaire, un feu tricolore ou encore un arbre fait office d’arrêt. Cela peut dérouter au départ, mais l’on apprend vite à repérer les arrêts.

2-      Trouver l’arrêt de bus. Là, on rentre dans la nuance. En réalité, outre l’identification « physique » de l’arrêt, il s’agit aussi d’être capable de repérer dans quelle partie de la rue l’arrêt se trouve. Pour comprendre cela, il faut savoir qu’il n’existe pas de carte du réseau de bus à Buenos Aires. Les bus sont simplement recensés dans la « Guia T », qui est un guide de Buenos Aires présentant un index des rues, des bus, et des cartes des différents quartiers de la ville. Dans l’index des bus, les itinéraires de chaque bus sont listés rue par rue les uns à la suite des autres, dans le sens aller et le sens retour, ce qui donne ceci :

Liste des arrêts du bus n°42 dans la Guia T

 Ha, là je sens avec cette photo que vous comprenez mieux de quoi il retourne. Alors comment ça marche : les noms des arrêts sont en réalité des noms de rues. Et comme les rues sont souvent TRES longues à Buenos Aires, la portion de la rue concernée est indiquée par des numéros. Par exemple, « Juramento 1000-1700 » signifie que le bus passe dans la rue Juramento, entre les numéros 1000 et 1700. Ca laisse de la marge, hein ? Bon, en regardant le nom de l’arrêt (donc de la rue) suivant, on sait à peu près le trajet du bus, donc en se dirigeant vers le croisement avec la prochaine rue empruntée, on est à peu près sûrs de tomber à un moment ou un autre sur l’arrêt de bus convoité.

Mais sans carte du réseau de bus, comment sait-on quel bus il faut prendre en premier lieu, si personne ne nous l’a dit ? Alors là c’est l’autre beauté de la Guia T : les portions de plans de la ville par quartier sont quadrillés, et pour chaque carreau, est indiqué sur la page suivante le numéro des bus qui passent :

Plan de quartier et bus correspondants

Donc il faut regarder quels sont les numéros de bus passant dans le carreau d’où on part et dans le carreau où l’on souhaite arriver (généralement sur une autre page), et comparer pour voir s’il y a des numéros communs. Et s’il n’y en a pas, il faut trouver un bus qui se rapproche le plus, et éventuellement un second bus pour finir le trajet. Une vraie partie plaisir.
Heureusement, la ville a mis en place un site Internet qui permet de trouver toutes les combinaisons et les arrêts en fonction de son point de départ et d’arrivée. Merci Internet !

3-      Attirer l’attention du chauffeur : ça y est, vous avez trouvé votre arrêt, vous faites gentiment la queue, et là pas de chance, le bus ne s’arrête pas… héhéhé. Ben oui, si vous ne faites pas signe au chauffeur de manière ostensible, il n’a pas de raison de s’arrêter, car un bus, c’est fait pour rouler ici, et vite.

4-      Monter dans le bus assez vite : le bus s’est arrêté, vous l’avez attendu un temps plus ou moins long, et là le chauffeur vous dit d’un ton peu amène de vous dépêcher de monter… c’est normal. Une fois encore, un bus c’est fait pour rouler. C’est pas si compliqué à comprendre quand même ! Du coup, à peine le pied posé sur la première marche, le chauffeur démarre.

5-      Payer : le prix des trajets en bus varie en fonction de la destination. Il faut donc indiquer au chauffeur sa destination (ou son tarif si on le connaît, mais le chauffeur pourra vérifier que vous ne vous êtes pas trompé en vous demandant votre destination), c’est-à-dire le nom de l’arrêt où vous comptez descendre. Pour payer, deux possibilités : en pièces ou avec une carte rechargeable appelée Sube. La deuxième solution est largement préférable pour deux raisons : le trajet revient moins cher (1,2 à 2 pesos contre 2 à 4 pesos avec des pièces), et surtout, il faut faire l’appoint et les pièces de monnaie sont rares dans ce pays.

6-      Repérer où descendre : ça paraît évident, mais là encore c’est un défi les premières fois car les arrêts ne sont pas indiqués ni annoncés dans les bus (petit pincement nostalgique en pensant aux panneaux lumineux dans les bus français). Il faut donc suivre attentivement le trajet du bus en lisant le nom des rues empruntées, pour savoir où l’on est, et donc où et quand descendre. Pas toujours facile quand : 1) les noms des rues ne sont pas toujours indiqués, et quand ils le sont, c’est généralement sur un seul coin du croisement avec une autre rue, 2) le bus est bondé et qu’il est difficile de regarder dehors, tenir debout et tenir le plan, 3) il pleut et que la buée empêche de voir dehors, 4) il fait nuit et on ne voit rien ni dans le bus ni dehors…

Enfin, un petit détail qui a son importance : les bus ne suivent généralement pas exactement le même trajet à l’aller et au retour, car de nombreuses rues sont à sens unique. Donc rebelote pour la recherche des arrêts au retour…

Pour résumer, prendre les transports à Buenos Aires, c’est :
-          Savoir lire une carte (même quand elles sont orientées avec l'ouest en haut - donc pas le nord - ce qui est très perturbant dans la Guia T) ;
-          Avoir une bonne vue ;
-          Avoir un bon équilibre ;
-          Prévoir au moins 1h par trajet.

Quel que soit le mode de transport choisi, un maître mot : la patience.

Cela dit, même avec leurs défauts, on ne peut pas se passer des transports en commun à Buenos Aires tant la ville est gigantesque (203 km² contre 105 km² pour Paris), et on est bien contents qu’il y ait des bus toute la nuit. Et puis les bus permettent de connaître et de se repérer plus facilement dans la ville, car ils nous forcent à regarder une carte.