samedi 20 avril 2013

L'Université du Tango (CETBA)

L'université du tango ou Centro Educativo del Tango de Buenos Aires (CETBA) est située au 3231 de la rue Agrelo, au sein d'une école primaire Paraguayenne :

Entrée de l'école primaire dans laquelle ont lieu les cours de l'université du tango.
L'université fut créée en 1991 à l'initiative de la Secrétaire de l'éducation de la municipalité de Buenos Aires avec pour but de diffuser et de transmettre une partie du patrimoine national rattaché au tango argentin. L'université du tango prodigue à ses étudiants deux diplômes ("historia del tango" et "tango danza"), qu'il est possible de décrocher en 3 ans, à condition d'avoir été présent dans les matières obligatoires et d'avoir passé les examens avec succès. Le diplôme "historia del tango" est essentiellement composé de cours théoriques sur l'histoire du tango en tant que danse et en tant que musique, avec un seul cours pratique d'initiation à la danse. Le diplôme "Tango danza" est quant à lui plus axé sur la pratique de la danse, mais comporte aussi un certain nombre de cours théoriques sur la musique, le cinéma. Il offre aussi quelques cours et des activités annexes pouvant être utiles à des danseurs professionnels comme le maquillage de scène, le théâtre, ou encore les danses folkloriques. Enfin, un certain nombre d'ateliers sont également ouverts à tous pour apprendre à danser ou chanter.

Cours sur les origines du tango argentin.


Les cours ont lieu dans une école primaire le soir après que les enfants ont déserté les lieux.

Les inscriptions sont ouvertes à tous chaque année début mars après les vacances d'été, et tout est complètement gratuit. Ainsi, les élèves se voient distribuer des livres et des photocopies gratuitement pendant 3 ans et reçoivent par email une foule de documents très intéressants sur l'histoire du tango et sur d'autres sujets. Les cours s'étalent sur deux "cuadrimestres" de la mi-mars à la fin décembre, ils ont lieu le soir quand les enfants de l'école sont rentrés chez eux depuis bien longtemps. Les adultes les remplacent donc sur leurs petites chaises et écrivent sur leurs petits bureaux, face aux tableaux noirs encore couverts des cours ayant eu lieu dans la journée pour les enfants. Le matériel et le bâtiment sont vieillots et plutôt en mauvais état, rappelant les salles de classe des bâtiments des années 1960 en France. Les murs s'écaillent et la sonorisation est très mauvaise. On sent que les subventions manquent pour rénover l'école.


Cour de récréation

Cours de tango dans un couloir

Étudiants répétant dans un couloir

Disons le franchement, l'université du tango est un peu le "Poudlar" des danseurs de tango argentin (pour ceux qui connaissent Harry Potter). Les cours théoriques sont donnés par des musiciens et autres artistes accomplis qui ne se séparent jamais de leur lecteur CD et de leurs enceintes pour pouvoir illustrer leurs propos. Les cours de danse pratiques sont plus ou moins donnés dans le couloir ou dans les petites salles pleines à craquer de gens enlacés les uns avec les autres. Entre les cours, dans le couloir ou dans la cour de récréation, un couple révise un pas de danse en vue de l'examen approchant. Devant une salle quelqu'un patiente en travaillant sa marche ou ses pivots. Bref, l'université est baignée d'une ambiance un peu irréelle lorsqu'on est habitué au cursus scolaire conventionnel. Voici une petite vidéo pour vous en rendre compte :



Néanmoins, n'allez pas croire que ce sont les vacances pendant 3 ans. Les élèves de troisième année que nous connaissons croulaient en décembre sous le travail en vue des partiels de fin d'année. Il y a des mémoires à rendre, on vous demande de connaître par cœur des éléments d'anatomie et des dizaines et des dizaines de figures à maîtriser dans les deux rôles bien sûr. Le but étant, pour les jeunes (et moins jeunes) diplômés, de pouvoir enseigner par la suite.

Le système d'enseignement de la danse utilisé est le système Dinzel. Rodolfo et Gloria Dinzel sont des sommités dans le milieu du tango argentin. Ils ont fait le tour du monde dans leur jeunesse et ont écrit plusieurs ouvrages dont un livre répertoriant plus de 200 figures dans le tango argentin (d'autres sont apparues depuis). Rodolfo et Gloria ont réalisé à travers leurs œuvres un immense travail d'investigation pour inventer un système efficace pour transmettre le tango argentin au sens large. Voici, pour les hispanophones, un schéma qui résume brièvement de quoi il s'agit :

Voici les différents sujets couverts par le système Dinzel dans le tango argentin
Les jeunes étudiants de l'université sont donc entre de bonnes mains et disposent de connaissances solides pour entamer leur carrière de danseurs. Certains élèves déplorent néanmoins que le diplôme soit donné très facilement au bout des 3 ans, que l'on ait beaucoup travaillé ou pas. En effet, les professeurs sont très arrangeants et il est possible de faire le cursus en 5 ou 10 ans en validant des modules quitte à les oublier en cours de route. Cela dit, cette formule permet à tous de suivre les cours selon son rythme et ses disponibilités, et la plupart des élèves sont de vrais passionnés qui sont là pour apprendre autant qu'ils le peuvent.

La directrice de la filière "histoire du tango", Ema Cibotti, est une historienne réputée qui a écrit et publié plusieurs livres sur l'histoire de l'Argentine notamment en lien avec le tango. Elle donne donc des cours d'histoire extrêmement intéressants aux côtés d'autres professeurs tout aussi talentueux. Bien sûr tous les cours ne sont pas aussi bien organisés ni aussi passionnant les uns que les autres, mais nous apprenons beaucoup au sein de l'université.  Et c'est aussi l'occasion pour nous de pratiquer notre espagnol !

Bref, l'université du tango est une institution très enrichissante, tant pour ceux qui souhaitent commencer le tango argentin que pour ceux qui souhaitent approfondir leur connaissances de la danse et de la culture argentine. Elle propose également des événements tels que des milongas et autres ateliers, qui participent à la cohésion entre les étudiants en dehors des cours. D'une manière générale, il règne au sein de la CETBA un véritable esprit d'entraide et d'ouverture, à l'image de la société argentine.


mardi 16 avril 2013

Le Parque Da Aves (Brésil)

Notre séjour dans la province de Misiones a également été l'occasion de visiter le "parque da aves", un parc ornithologique de 5 ha situé au Brésil, à proximité du parc national des chutes d'Iguazu.











Ce parc compte plus de 800 oiseaux tropicaux en tout, dont 150 espèces locales : toucans, perruches, perroquets, aras, ibis, flamants roses, aigles, colibris, vautours, autruches, hiboux, etc...




Les ornithologues regretteront sûrement de voir les oiseaux enfermés dans des cages, mais celles-ci ont parfois un côté rassurant pour le visiteur : se trouver nez à nez avec l'aigle-harpie ou le couple de grands perroquets géants inquisiteurs n'est pas forcément du goût de tous.
Pour les plus curieux, certaines volières sont ouvertes au visiteur, ce qui permet d'approcher au plus près les oiseaux. Impressionnant.



volière ouverte aux visiteurs
volière ouverte aux visiteurs



Enfin, le parc compte aussi des singes, quelques caïmans, de nombreuses espèces de papillons, quelques reptiles (dont des anacondas.... brrrrrr !), et quelques tarentules (dans des cages vitrées).

Une agréable balade toute en couleurs, pour le bonheur des petits et des grands.




Las minas de Wanda

Un séjour dans la région de Misiones est aussi l'occasion de découvrir les mines de pierres semi-préciseuses de Wanda (prononcer Banda).

galerie de la mine de Wanda
galerie de la mine de Wanda

 Le lieu est extrêmement touristique et chaque visite se conclut inévitablement par un tour un peu forcé à la boutique, mais il est très surprenant de faire quelques pas dans les anciennes galeries de la mine où les gemmes et géodes affleurent à même le sol et les parois basaltiques.


améthyste affleurant sur la paroi murale



gemmes affleurant sur la paroi murale


Les pierres (améthystes, cristaux et citrines) sont dégagées à la dynamite, puis à la barre à mines et au marteau.

géodes d'améthystes dans l'atelier de nettoyage

atelier de nettoyage des pierres

Si cette excursion n'a pas été le point d'orgue de notre séjour dans la région, cela reste quand même une curiosité.

vendredi 12 avril 2013

La fermeture de l'école de tango Carlos Copello et quelques nouvelles tango ;-)

C'est une bien triste semaine pour nous qui marque la fin d'une époque avec la fermeture soudaine de la Escuela de Tango Carlos Copello située dans la rue Anchorena au 575.

Aperçu de la salle de danse principale

Autre aperçu de la salle de danse principale


 A Buenos Aires, des familles très pauvres vivent du recyclage des cartons qu'elles récupèrent tous les jours, on les appelle les "cartoneros". C'est de ce milieu dont Carlos Copello est issu et depuis lequel il a fait son ascension spectaculaire grâce au tango argentin. Il gagne un concours de tango en 1989 qui lance sa carrière artistique et, à partir de là, il ne cesse de voyager dans le monde entier en participant à des shows et a des spectacles qui le mèneront jusqu'à Broadway en 1998. Il fait partie des danseurs de première ligne de sa génération et a participé à la réhabilitation du tango argentin comme danse sociale au cours des années 90'. Il a d'ailleurs formé bon nombre de danseurs de tango aujourd'hui célèbres. Il a également fait partie du jury au mondial de tango "escenario" (de scène) qu'il a quitté par la suite pour désaccord idéologique. Aujourd'hui, il fait partie du spectacle Rojo Tango qui a lieu dans le luxueux hôtel Faena (voir notre post sur le sujet).

Carlos Copello enseigne ce qu'il nomme pompeusement le Tango Argentin Authentique et ses cours sont aussi variés qu'originaux. Les pas qu'il enseigne sont ceux qui lui ont été enseignés par ses propres maestros et sont caractéristiques d'une époque révolue : l'âge d'or du tango.

La famille Copello : Carlos, Miriam et Maxi (père, fille et fils)

Ainsi, Carlos transmet sa manière de danser très rythmique sur de vieux tangos. Mais aussitôt a-t-il inculqué ce style de danse qu'il passe un tango de Pugliese ou de Di Sarli et sermonne pendant 20 minutes les élèves qui n'ont pas adopté un style plus élégant.
En parallèle, les cours de Carlos sont aussi l'occasion d'apprendre des pas de tango fantasia avec des portés, des sauts, des claquements de mains et de pieds et des changements d'abrazo en tout genre, qui collent bien avec l'excentricité du personnage. Du jour au lendemain, il peut décider de passer un mois sans apprendre à ses élèves de nouvelle séquence, simplement en leur demandant d'improviser. Il leur enseigne la gestion du stress et de la pression en faisant danser devant tout le monde tout en leur criant des ordres : "Doucement! La musique! La posture!". Il est tout de même préférable d'être en couple et d'avoir quelques mois devant soi pour prendre les cours de Carlos Copello car si vous venez seul, il est possible qu'il vous fasse marcher seul face au miroir ou tourner autour d'un poteau pendant une heure et demie. Comme il le dit lui-même, le chemin qu'il propose est long et difficile, et seuls ceux qui s'accrochent y arrivent.

S'il y a une idée globale à retenir de ces cours c'est le caractère. Carlos est le genre de maestro qui peut transformer un tango timide en un tango mature et plein de caractère. Son intransigeance et sa sévérité font de ses cours une épreuve physique et psychologique. Mais c'est un passionné au fond très chaleureux, et qui sait également donner sa reconnaissance devant le résultat d'un dur labeur. La fermeture de son école a été soudaine et sans avertissement, si bien que nous ne savons pas exactement quels sont ses projets pour l'avenir (il semblerait tout de même qu'il souhaite ouvrir une autre école ailleurs, plus tard).

lundi 8 avril 2013

La mission jésuite des Guaranís de San Ignacio Miní


La mission jésuite guaraní de San Ignacio Miní

  
Ruines de l'église de la mission de San Ignacio Mini
Outre les célèbres chutes d’Iguazú, la province de Misiones recèle d’autres sites touristiques qui valent le détour, au premier rang desquels les missions jésuites des Guaranís.  Nous avons pour notre part visité la mission de San Ignacio Miní, qui est la mieux conservée parmi les missions jésuites argentines.


Les missions jésuites des Guaranís : késaco ?

Les missions jésuites des Guaranís sont des villages d'indiens Guaranís créés, administrés et contrôlés par les Jésuites aux XVIIe et XVIIIe siècles, sur un territoire couvrant le cours moyen et supérieur des fleuves Paraná et Paraguay, aujourd’hui partagé entre l’Argentine, le Brésil et le Paraguay.

Ces missions, appelées "reduccionnes" en espagnol (pour "regroupements") furent créées dans le contexte spécifique des débuts de la colonisation de l'Amérique du Sud. 
Depuis le début du XVIe siècle, le système de l'encomienda octroyait en effet aux conquistadores le droit de propriété des terres et des populations qui y vivaient. Les Indiens étaient donc systématiquement réduits en esclavage pour l'exploitation des champs et des mines. Dans ce contexte, plusieurs révoltes indiennes importantes eurent lieu au Paraguay en 1580, rendant le pays ingouvernable. A ceci s'ajouta une remise en cause du système de l'encomienda par la cour d'Espagne qui estimait qu'une part trop belle était faite aux colons, et par l'Eglise qui s'opposait de plus en plus au système du servage. En 1606, les ordonnances du roi d'Espagne demandèrent aux gouverneurs de ne plus recourir à la force pour assujettir les Indiens, mais de gagner leur confiance par l'enseignement des religieux envoyés sur place.

En 1609, le supérieur général de la Compagnie de Jésus, Acquaviva, obtint en outre du roi Philippe III l’autorisation pour les jésuites d’Amérique de fonder un Etat autonome dans la région du cours moyen et supérieur des fleuves Paraná et Paraguay, territoire alors peuplé par les tribus indiennes guaraníes.  Ils créèrent ainsi la province jésuite de Misiones, fondée sur la création de missions à l’organisation sociale spécifique.
30 missions furent ainsi créées entre 1609 et 1818 : 15 en Argentine, 7 au Brésil et 8 au Paraguay.
Aujourd'hui, 7 missions sont classées au Patrimoine mondial de l'Unesco, dont 4 en Argentine.

Carte des missions jésuites des Guaranis

Pour se faire accepter par les Indiens guaranis et leur imposer leur mode de fonctionnement, les jésuites apprirent la langue des Guaranís, firent usage d'une part de leur savoir médical et des objets modernes, et d'autre part  d'une convergence entre le message évangélique du Christ et les croyances guaraníes. Mais c'est surtout la protection qu'ils offraient contre les colons, en particulier les mercenaires envoyés par le Portugal pour étendre les frontières du Brésil sur les territoires espagnols, qui garantit leur succès. Afin d'échapper aux colons, les Guaranís n'avaient en réalité guère d'autre choix que d'accepter l'ordre social des jésuites. Ils passèrent ainsi notamment de nomades à sédentaires, de polygames à monogames, abandonnèrent la nudité, modifièrent leurs coutumes funéraires et adoptèrent des maisons privées et non plus communes.

Si les Jésuites conservèrent les rênes de la gestion des missions, ils désignèrent cependant dans chacune d'entre elles le plus haut dignitaire indien comme "regidor", et toutes les autres charges de la mission furent confiées à des indiens élus par tous les hommes de la mission. D'une manière générale, le fonctionnement et les lois en vigueur dans les missions étaient révolutionnaires pour l'époque :
- tous les besoins sociaux étaient couverts;
- la propriété était collective (tout se partage, s'échange et s'autogère);
- tous les habitants participaient au travail agricole et les denrées étaient équitablement réparties;
- la peine de mort fut abolie;
- la journée de travail n'était que de 6h environ, contre 12 à 14h en Europe;
- le temps libre était consacré à la prière, la musique, la danse et le tir à l'arc;
- la société était entièrement alphabétisée.

Ce mode d'organisation prospéra grâce à la vente du bétail, du coton, du sucre, de la yerba maté (plante utilisée pour l'infusion du maté), et des produits artisanaux.

Après une solide éducation religieuse, les jeunes hommes apprenaient le maniement des armes à partir de 12 ans afin de contribuer à la défense des missions contre les colons. Entre 1632 et 1635, les attaques des colons furent incessantes et firent des ravages : jusqu'à 300 000 victimes et 100 000 captifs, provoquant le départ de plusieurs missions brésiliennes vers le Paraguay et l'Argentine plus au sud.

Mais cet Etat dans l'Etat fut mal vu par les Bourbons, qui succédèrent aux Habsbourg à la couronne d'Espagne, et le Traité des Limites signé en 1750 entre l'Espagne et le Portugal marqua la fin de ce système. Une partie importante du territoire des missions fut cédé de l'Espagne au Portugal, dont le marquis de Pombal, Premier ministre, était un ennemi des jésuites. Il ordonna l'évacuation de 7 missions et leur 30 000 habitants. Les Guaranís se rebellèrent, s'allièrent avec les tribus indiennes non converties et une guérilla dura plusieurs mois pour finir dans un bain de sang. A partir de là les Indiens chrétiens furent sans cesse pourchassés. Certains retournèrent vivre en forêt tandis que d'autres furent déportés. En 1801, il ne restait plus qu'un tiers des Guaranís sur le territoire. Dans le même temps, l'expulsion des jésuites du Portugal (1759), d'Espagne (1767) et du Paraguay (1768), ainsi que la dissolution de leur ordre par le Pape en 1773, marquèrent le coup de grâce aux missions jésuites des Guaranís. Au lendemain de l'Indépendance des colonies en 1817, les affrontements entre le Brésil, le Paraguay et l'Argentine pour définir leurs frontières dans ce secteur achevèrent de détruire les dernières missions.

 La mission de San Ignacio Miní

Avec les missions jésuites de Nuestra Señora De Loreto, Santa Ana et Santa Maria La Mayor, San Ignacio Miní est l'une des 4 missions jésuites argentines classées au Patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1984.

Originellement fondée en 1610 au Brésil par les prêtres Jose Cataldino et Simón Masceta, la mission fut déménagée à son emplacement actuel en Argentine en 1632 pour échapper aux attaques des colons.
Comme les autres missions jésuites, San Ignacio Miní fut détruite lors des affrontements de 1817.
Ses ruines furent restaurées en 1940 et figurent aujourd'hui parmi les mieux conservées.
La grandeur du site n'est pas sans rappeler les ruines des termes de Caracalla à Rome ou encore, mais dans une moindre mesure, de l'ancienne ville d'Ostie.

Maquette reconstituant la mission jésuite de San Ignacio Mini
 San Ignacio Miní recensa jusqu'à 4 500 habitants. Comme toutes les missions, San Ignacio Miní fut conçue selon un plan en damier : les bâtiments principaux (église, école, cimetière, hôpital) étaient disposés autour d'une grande place, bordée des trois autres côtés par des maisons et ateliers. Les maisons des pères jésuites étaient situées au centre, afin de surveiller facilement toute la communauté. San Ignacio Miní comptait également une prison, ainsi qu'un bâtiment réservé aux veuves qui ne pouvaient plus subvenir à leurs besoins.



La place centrale de la mission de San Ignacio Mini
Intérieur de l'église de la mission de San Ignacio Mini
Intérieur de l'église de la mission de San Ignacio Mini
Ruines d'une maison de San Ignacio Mini


jeudi 4 avril 2013

Les chutes d'Iguazú (Las cataratas del Iguazú)

Nous revenons tout juste d'une semaine de vacances aux cataractes d'Iguazú, ce qui nous donne l'occasion de vous faire partager ce voyage exotique dans le nord-est de l'Argentine (région de Misiones), à la frontière de deux autres pays : le Paraguay et le Brésil.

Carte de localisation des chutes d'Iguazú

Un petit mot sur le trajet Buenos Aires - Puerto Iguazú

 Notre pied à terre sur place était un petit hôtel-appartement très charmant situé dans la ville de Puerto Iguazú, à 17 km des cataractes argentines. Pour nous y rendre, nous avons cette fois-ci opté pour un voyage semi-organisé qui nous permettait de bénéficier de tarifs intéressants incluant le trajet aller-retour Buenos Aires - Puerto Iguazú, le logement, et quelques excursions avec un guide local. Nous avons ainsi fait l'expérience du car de voyage, qui est le mode de transport le plus utilisé par les Argentins pour voyager à l'intérieur du pays car les prix sont inférieurs au prix des billets d'avion (bien que ce soit de moins en moins vrai). Nous avons ainsi parcouru 1 300 km en 18 heures dans un car très confortable par comparaison avec les cars français. Le car comptait en effet seulement 33 sièges très larges et moelleux répartis sur 2 étages, et inclinables à 160 degrés (d'autres cars proposent des sièges inclinables à 120 degrés et à 180 degrés, le confort suprême). Attention, à partir de 160° on passe de semi-cama (semi-lit) à cama (lit) donc ne vous attendez pas à vous retrouver forcément à l'horizontale parce que vous voyez écrit le mot cama! D'autre part, il est courant de retrouver des cheveux sur les couvertures fournies et parfois même des tâches (vomi !) sur les sièges qui ne sont pas lavés à chaque trajet.


Voilà à quoi ressemblent les bus de la compagnie Via Bariloche

A l'intérieur du car, les sièges ressemblent à ceci

Un service de restauration, bien que très sommaire et assez mauvais, était également inclus à bord. Nous avons bien aimé la proposition "Champagne o Whisky ?" juste après le film du soir.

Les chutes d'Iguazú

Aperçu des chutes côté brésilien (cliquer pour agrandir)
Avant de partir, nous nous attendions à un spectacle naturel grandiose, et il faut bien avouer que nous n'avons pas été déçus, bien au contraire ! La beauté du site est à couper le souffle : selon la saison (sèche ou pluvieuse), entre 150 et 270 chutes d'eau se déversent sur un front de 2,7 km dans un cadre entièrement naturel. Le site est en effet inclus dans un parc naturel dont l'ambition est de protéger cette merveille et la luxuriante forêt tropicale qui l'entoure. Créé dès 1934 côté argentin et 1939 côté brésilien, le parc naturel d'Iguazú a été reconnu Patrimoine mondial de l'UNESCO en 1984 (côté argentin) et 1986 (côté brésilien). Le site est d'ailleurs considéré comme l'une des 7 merveilles du monde.



Iguazú, qui signifie "grandes eaux" en guaraní, est le nom du fleuve qui naît à la Serra do Mar, près de la ville de Curitiba au Brésil, et parcourt ensuite 1 320 km jusqu'à sa confluence avec le fleuve Paraná, situé à 23 km en aval des chutes. Les cataractes sont créées par la conjonction d'un méandre très serré formant un ample "U" encombré d'îlots et de la présence, juste à l'aval de ce coude du fleuve, d'une faille géologique très abrupte. Les eaux de l'Iguazú se divisent ainsi en de multiples bras et se muent ensuite en cascades de 70 mètres de hauteur environ et de différentes largeurs, allant de simples filets à d'impressionnants murs d'eau tonitruants.

Non, nous n'avons pas rajouté l'arc-en-ciel...

La couleur et le débit de l'eau varie en fonction des saisons. A l'automne, après les pluies, les eaux prennent une teinte marron-roux et peuvent atteindre un débit allant jusqu'à 6 500 m3 par seconde. En s'écrasant, les eaux forment des nuages de bruine pouvant atteindre 100 mètres de haut à cette saison. Les photos sont ainsi un peu moins nettes qu'au printemps (saison sèche), mais le spectacle est beaucoup plus impressionnant, et les arcs-en-ciel sont monnaie courante. Le seul inconvénient de cette saison est la fermeture de l'Ile San Martin et du sentier Macuco en raison de la hauteur trop importante des eaux.


Il est possible de traverser cette passerelle du côté brésilien. N'oubliez pas vos k-way et rangez vos appareils photos c'est la douche assurée!

Arc-en-ciel devant une cascade.

L'île San Martin fermée au moment de notre passage.


Comme pour le glacier Perito Moreno en Patagonie, un système de passerelles a été créé pour pouvoir observer les chutes sans difficulté (la plupart sont même accessibles aux personnes à mobilité réduite) tout en protégeant la végétation environnante. Pour une visite complète, nous recommandons de se rendre des deux côtés du parc : au Brésil, et en Argentine. Si la visite côté brésilien offre essentiellement une vue plus globale et panoramique des cataractes, la visite côté argentin permet de s'approcher au plus près des chutes, avec un circuit les surplombant (circuito superior) et un circuit à mi-hauteur (circuito inferior). Une occasion de prendre aussi une bonne "douche" lorsque l'on s'approche trop près des cascades et de leurs nuages de bruine. Pour les amateurs de sensations fortes, des excursions en bateau sont proposées pour sentir les remous de l'Iguazú au pied des chutes et traverser les nuages de bruine. Bien sûr, pas la peine de penser pouvoir passer sous les chutes. Même sous les plus "petites" cascades, vous seriez instantanément écrasés sous la pression. Notre guide nous a raconté qu'il lui est arrivé de s'approcher au plus près par la terre du pied d'une cascade pour sentir la force de l'eau, mais que le vent et l'embrun sont tels que l'on est repoussé en arrière et l'air se fait rare, rendant la respiration difficile.

Ce bateau rempli de touristes s'apprête à voguer au plus près des chutes d'eau.

Les touristes revenant du bout de la passerelle (côté argentin) sont tous trempés jusqu'au os.


Salto de las dos hermanas (Chute des deux soeurs)


Voici une petite vidéo pour rendre compte de l'importance du site  :



Pour la petite anecdote, il semblerait qu'un cycle naturel (d'abord associé à tort au réchauffement climatique), soit parfois responsable de l'assèchement quasi total des cataractes. Ce phénomène très rare s'est produit notamment en 1978 puis en 2006 après une forte période de sécheresse. Ainsi, les touristes se sont retrouvés face à ce paysage:

Les cataractes en 2006 après une période de forte sécheresse.
Notons également la présence dans tout le parc naturel d'une espèce de ratons laveurs appelés Coaties. Ces petits animaux mignons et très sociaux enchantent les touristes qui ne se lassent pas de les prendre en photos et de vouloir les caresser. Cependant, ils passent rapidement du statut de "peluches" à celui de nuisance lorsqu'on sait qu'ils mordent et qu'ils vous encerclent en grand nombre dès que vous avez un peu de nourriture à la main. Ils passent leur temps à vider les poubelles du parc (notamment les poubelles du côté brésilien qui ne sont pas fermées) et à rôder près des lieux de restauration.

Les coaties deviennent un peu envahissant dès qu'ils sentent la présence de nourriture

Panneau d'avertissement contre les morsures de coaties


La "gorge du diable" et la visite du parc les nuits de pleine lune

Nous avons fait coïncider les dates de notre séjour à Puerto Iguazú avec les dates de la pleine lune afin de pouvoir effectuer la balade nocturne proposée par les autorités du parc argentin 5 nuits par mois, au moment de la pleine lune. Bien que 3 groupes de 120 personnes maximum se succèdent entre 19h30 et 23h30, cette visite de nuit est magique car elle permet d'apprécier le calme nocturne et les senteurs de la forêt avec pour seul éclairage la lune.  Nous avons en outre bénéficié d'un temps exceptionnellement clair sans aucun nuage dans le ciel (et ce pendant tout le séjour, ce qui est assez rare paraît-il). L'itinéraire réservé à cette visite n'est ni le circuit inférieur ni le circuit supérieur, mais le circuit qui mène à la gorge du diable ("Garganta del diablo") où se déverse la chute "Union" (Salto Uníon) sur 80 mètres de hauteur.



Avant de distinguer les chutes d'eau on aperçoit les volutes d'eau qui s'élèvent dans le ciel au loin pour former des nuages
Premier aperçu de la gorge en arrivant sur la passerelle
Volutes d'eau s'élevant dans le ciel au dessus des chutes

Aperçu de la gorge du diable en pleine nuit

En réalité l’œil ne distingue pas la couleur brune des eaux pendant la nuit.


Astuce pour les photos: Les responsables de la visites enjoignent les touristes à ne pas utiliser le flash pour ne pas venir perturber l'expérience. Injonction à laquelle beaucoup désobéissent pour pouvoir immortaliser le moment. Cependant, si vous possédez un appareil même de qualité moyenne, passez le en mode nuit (long temps d'obturation) et faites la mise au point sur la lune en appuyant sur le déclencheur à moitié seulement. Sans flash, la lune est la seule source de lumière sur laquelle vous pouvez effectuer une mise au point sans quoi vos photos seront floues. En maintenant le déclencheur ainsi à moitié appuyé, placez vous en position pour faire votre photo sur un support stable comme une barrière et évitez de respirer. Alors seulement achevez d'appuyer totalement sur le déclencheur.
Cette technique ne marche pas à tous les coups et vous n'aurez pas beaucoup de choix dans le cadrage puisqu'il dépendra du support disponible sur le moment. Mais elle donne généralement de bons résultats avec les objets situés "à l'infini" comme la lune (on peut parler d'infini pour l'appareil photo à partir de 50 mètres grosso modo).


Enfin, les nuits de pleine lune sont l'occasion d'apprécier la beauté d'une fleur très spéciale, fermée le jour et qui ne s'ouvre que les nuits de pleine lune.

Fleurs ne s'ouvrant qu'à la pleine lune


Et enfin voilà ce que ça donne à la lumière du jour! Nous vous avons même mis quelques vidéos au risque de mouiller nos appareils photos pour vous donner un aperçu :





La légende Guaraní

Selon la légende des Indiens Caingangues, le roi des dieux, Tupá, envoya son fils, le dieu-serpent M'Boi, pour veiller sur eux. M'Boi vivait dans le fleuve Iguazú et tomba éperdument amoureux de Naipi, la fille du chef de la tribu Caingangue. Alors que cette dernière s'apprêtait à épouser un guerrier de la tribu nommé Tarobá, M'Boi exigea que Naipi lui soit donnée. N'osant pas défier le dieu-serpent, les membres de la tribu livrèrent donc Naipi à M'Boi. Le jour dit, les deux amants Tarobá et Naipi profitèrent de l'état d'ébriété de la tribu provoqué par l'alcool de maïs consommé en prévision de la fête, et s'enfuirent en canoë. Malheureusement, le bruit des rames attira l'attention de M'Boi, qui déchira le lit du fleuve d'un grand coup de queue. Naipi sombra au fond de la grande crevasse ainsi créée et fut transformée en rocher, condamnée à rester perpétuellement prisonnière de la force des eaux, tandis que Tarobá fut changé en palmier, amarré pour l'éternité au-dessus des chutes, sans jamais pouvoir approcher son amour perdu.
La légende veut qu'une grotte se trouve sous le palmier et abrite le dieu-serpent M'Boi, qui rit du malheur des deux amants. Mais son rire serait étouffé par le fracas des chutes d'eau.


Une autre légende

Et enfin, une image valant mieux que mille mots, pour toutes celles et ceux qui se demanderaient d'où les chutes d'Iguazú tirent leur source, leur couleur marron et leur goût sucré si caractéristique, voici un cliché pris avec un très bon appareil photo qui permet de répondre à toutes vos questions sur le sujet:




Le fond du pot (mesurant plusieurs dizaines de kilomètres) serait en fait un faille spatio-temporelle ouvrant sur un autre univers rempli de dulce de leche. Avis aux amateurs de friandises...